Quand le design s’en mêle…

lit de Gustave Serrurier-Bovy

Dans le mouvement art nouveau, l’importance est donnée aux détails du mobilier et par conséquent à l’aménagement d’intérieur.  L’art nouveau utilise principalement des lignes courbes ainsi que des éléments végétaux et floraux même si on souligne quelques exceptions  (comme l’utilisation de lignes droites et des surfaces nues notamment à Vienne et Glasgow. Le mobilier et sa production sont en plein essor.

cabinet Emile Gallé, japonisme et marqueterie, 1900

Dans les années  1880, l’art nouveau s’adresse à une clientèle bourgeoise et restreinte de par ses propositions audacieuses.  Le monde floral est une véritable source d’inspiration en matière d’ornementation, on parle alors d’un style naturaliste (ligne courbe privilégiée).

La technique de la marqueterie permet alors aux designers d’explorer leur intérêt pour l’exotisme à travers des représentations japonisantes où le monde végétal y est omniprésent. . Le meuble est une surface « décorative » comme un tableau.

Ce qui caractérise principalement l’art nouveau c’est une connaissance de nombreuses techniques artistiques. On parle alors d’un mouvement pluridisciplinaire. En effet, l’art et le rêve se confondent en un tout pour donner forme à un objet à la fois utile et esthétique.

armoire de Victor Horta, 1830-1958, à Bruxelles

Quelques designers…

Victor Horta


Victor Horta

Victor Horta d’origine Belge est considéré comme l’un des précurseurs de l’Art Nouveau en matière d’architecture. Mais en plus de son travail d’architecte, Victor Horta s’attarde énomément sur le mobilier. En effet, il lui semble essentiel que la totalité du décor intérieur soit en harmonie avec l’architecture.

Horta a lui-même divisé sa carrière en deux parties, l’une dominée par les commandes privées, où il peut librement exprimer sa fougue novatrice –  commandes qui disparaissent lorsque l’Art nouveau se popularise –, et la seconde marquée par les grandes commandes officielles pour lesquelles il renoue avec le classicisme.

Gustave serrurier-bovy


Gustave Serrurier-Bovy est l’un des premiers représentants de l’Art nouveau en Europe. Il est également architecte (qu’il partiquera durant les premières années de sa carrière) et décorateur. Il se tournera par la suite vers le commerce des meubles tout en continuant à créer. Il revendique une simplicité du décor et la beauté à porté de tous.

Il est aujourd’hui considéré comme un créateur précurseur du mouvement moderne et du design.

Edouard Colonna

Edouard Colonna

Edouard Colonna était un orfèvre français. Il fait partie des jeunes artistes découverts par Siegfried Bing, l’un des principaux promoteurs de l’Art Nouveau.

Le Musée des Arts décoratifs de Paris conserve quelques unes de ses pièces, caractérisées par un style particulièrement sinueux.

Kafka et le haut débit

ou  Consédarations sur les mutations de la culture face au numérique.

Walter Benjamin

Un article, sur un blog (leden) plus spécifiquement dédié à ce sujet, présente « un dispositif mobile d’aide à la visite dans la ville, intégrant la technologie 3D temps réel, couplée à la réalité augmentée.Ce dispositif mobile est appuyé par la présence d’un panneau tactile à l’entrée du site culturel, permettant un apport supplémentaire d’informations contextuelles pour le visiteur ».

Au delà des fameuses discussions Hadopi etc… Notons tout d’abord que le numérique et internet sont un fabuleux diffuseur d’information et de contenus culturels : quel musée n’a pas son site officiel (LouvreMusée d’Orsay, etc…) ? De plus l’usage numérique de la culture n’a pas uniquement vocation communicationnelle (voir l’exemple ci-dessus). On peut trouver des initiatives intéressantes, comme la mise en ligne de l’intégralité de la correspondance de Van Gogh, autrefois introuvable sauf en bibliothèque ou en éditions coûteuses.

Bien sûr, les mutations de la culture face au numérique ont plus d’un visage : ainsi le problème de l’édition numérique fait toujours débat. Quant aux domaines musicaux et cinématographiques, la question des droits d’auteurs et de rémunération des artistes est épineuse, c’est le moins qu’on puisse dire (les majors et les vendeurs multimédia ont résolu très partiellement le problème quand ils ont commencé à proposer la vente d’albums ou de single en ligne). Ce qu’on peut souhaiter, c’est une rénovation en profondeur de toutes les structures qui se sont baties sur l’échange des oeuvres sur support matériel. Et les moines copistes, à l’invention de Gutenberg, qu’ont-ils pu gueuler ?

Kafka "métamorphosé"

Et Kafka dans tout ça ? Le racourci est un peu convenu et réducteur, et citer l’auteur de la Métamorphose dans un titre aussi pompeux ne semble pas approprié. Qu’on excuse le rédacteur de cette note en pensant qu’il a pris celui-ci comme une sorte de pense-bête pour se rappeler que le mot « culture » recouvre d’innombrables réalités, et que la vraie est toujours souterraine, et mineure, et jamais où on l’attend. Peut-être faut-il aussi se demander si la culture ébranlée par l’arrivée du numérique, cette « culture » (sous laquelle on met des choses aussi variées que l’industrie du disque, l’édition papier, Hollywood, les émissions de radio, les bisounours, j’en passe et des meilleures) en mérite l’appellation.

Kafka bloggeur …?

Art Nouveau et nature

Affiche d'Alfons Musha : "La Dame aux camélias"

L’Art nouveau, nostalgie de la nature

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Le répertoire ornemental de la Nature constituait une source d’inspiration fondamentale pour des artistes comme Gallé, Grasset ou encore Musha.

Les motifs floraux se voient alors reproduits à l’infini sur tissus, papiers peints, reliures, affiches, meubles et bijoux dans un style nouveau. Après une observation précise et une fine analyse, l’artiste fait subir à « Dame Nature » des métamorphoses, optant pour des lignes et formes provocantes : les tiges et les feuilles s’entremêlent alors en d’extraordinaires volutes.

Avec la découverte de l’art japonais, à l’Exposition Universelle de Paris en 1867, la flore se déploie avec élégance pour célébrer la vitalité et la délicatesse de la nature.Nouvellement découvertes, l’iris, pour sa fleur découpée et sa feuille élancée, le bleuet ou encore la violette pour leurs couleurs captivent l’intérêt des artistes.

La nature : un regard neuf pour un art nouveau

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Le regard précis que les artistes portaient sur la nature était toujours lié à une réflexion intellectuelle et spirituelle qui les guidait pour créer une ligne nouvelle.

La nature se prêtant à une observation scientifique, l’Art Nouveau est l’art de la vérité. C’est donc en scientifiques mais aussi en poètes que les artistes la contemplent. Comme Baudelaire, ils peuvent ainsi en déchiffrer les symboles et le sens. Gallé rappelle que « la nature contient de mystérieuses profondeurs », « elle est un réservoir de vie et non un tableau figé ».

Vase "Capucine" de Emile Gallé - École de Nancy

La nature impose la ligne mouvante, la courbe. Pour traduire au mieux ce vitalisme, Horta (fondateur de l’Art Nouveau Européen) dira « je jette la fleur et je garde la tige ».

L’Art Nouveau, c’est encore l’art de la couleur inspiré du spectacle de la nature. Les effets utilisés (reliefs, opacité, etc.) en traduisent sa diversité.

L’École de Nancy

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La nature, particulièrement présente à Nancy, contribua à affûter le talent et la créativité des artistes de l’École de Nancy.

Ces artistes, dont Gallé, se refusent à la simple imitation de la nature. Ainsi la fleur sert l’érudition scientifique et l’inspiration esthétique. Après une observation méticuleuse et une étude détaillée, la fleur n’est pas considérée comme nature morte, elle épouse alors les courbes des meubles, jaillit des murs et sa fragilité est emprisonnée dans le verre.

Inspiré par « Les Fleurs du mal » de Baudelaire, Gallé donne aux motifs naturalistes une dimension poétique. Ils sont alors investis d’une signification symbolique.

L’art nouveau nancéien est une ode à une nature vivante, colorée, éphémère et toujours recréée.

Figuration féminine et Nature

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Femme et nature ne font plus qu'un (Affiche publicitaire pour l'éditeur Champenois)

Les compositions florales, dans leur élégance ondulante, possédaient une volupté, et des douceurs qui ont évoqué tout « naturellement » la femme aux artistes de ce mouvement novateur.

L’Art Nouveau s’est attaché à une représentation féminine personnifiant la nature, sa vitalité, sa beauté et sa douceur. Très souvent associée à des motifs floraux, le corps de la femme tient une place particulièrement importante dans la composition des bijoux ou des objets décoratifs.

Fleur, libellule, mystère d’une nature originelle, la femme se fait emblème et obsession d’un style qui veut réconcilier l’homme avec la nature primitive.

Au tournant du siècle, la femme devient subitement maléfique. Elle mêle alors une image de mort et de vie, d’ascension et de déchéance et incarne les craintes les plus profondes des artistes. Ce nouveau siècle sonnera la fin du règne de la nature et du modèle féminin dans les arts décoratifs.

Un peu de verdure…

Tout commence en 1899 : la CMP (compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris, ancêtre de la RATP) lance un concours pour la construction des bouches d’entrées du métro. Jean-Camille Formigé est tout d’abord pressenti, mais sera débouté au profit d’Hector Guimard. L’un sera chargé des stations aériennes et de la décoration des viaducs de Passy et d’Austerlitz (photos ici et là), l’autre concevera dans le style art nouveau les édicules à présent renommés dans le monde entier. Aujourd’hui, on dénombre 86 édicules Guimard.

On se reportera avec profit à plusieurs sites qui en font l’historique plus ou moins détaillé :

- Une page perso assez riche

- Un post sur un blog d’architecture

- L’article insecula sur l’histoire des stations de métro parisiennes.

Ces édicules, utilisant la fonte, la verrerie et les motifs végétaux, mariant une « nostalgie bucolique avec le béton du futur » selon Claude Frontisi, sont devenus emblématiques de l’art nouveau (du style nouille, ou style métro), et symboliques du métropolitain lui-même, au point qu’on en trouve à présent dans les pays étrangers (pour preuve).

Cependant la nouveauté de ces édicules a quelque peu choqué dans le gris Paris haussmannien : leur belle couleur verte, leurs marquises en verre leur ont valu le surnom de « libellules ». On voyait encore à leur place de grandes grenouilles souterraines prêtes à vous avaler. La police utilisée pour le mot « métropolitain » fut jugée illisible. Difficile d’imaginer qu’elles puissent faire peur.

Pour vous rendre compte par vous même : une iconographie complète

Ou pour travailler votre imagination, la photo d’un artiste qui a su saisir cette peur, cette « inquiétante étrangeté ».

(Photo : Brassaï)

L’Art Nouveau d’Hector Guimard

Il était impossible de passer à côté d’un cours aussi bien construit sur les réalisations architecturales d’Hector Guimard, dans le cadre de ce blog, d’autant plus qu’il est présenté par un historien de l’art Jean-Michel Léniaud

Le site de cours vidéo qui l’héberge; Netprof est lui aussi très bien conçu et touche de nombreux domaines.

1. Le métro porte Dauphine

2. La maison Jassadé

3. L’hotel Guimard

Plan original de l’Hotel Guimard

4. L’Hotel Mezzara

5. Le Castel Béranger

Katagami et Art Nouveau – L’influence Japonaise

Katagami komon

Apparus au cours du XIIIè siècle, l’usage des katagami se développe dans la seconde moitié de l’époque d’Edo (1603-1868). Ils parviennent aux portes de l’Europe à la fin du XIXè siècle, notamment à Vienne, Bruxelles, et Paris.

Au Japon, la technique de la teinture au pochoir remonte au VIIIè siècle, à l’époque de Nara. La teinture se fait alors par blocs de bois gravés.
L’artisanat du katagami – teinture sur papier – fait son apparition au XIIIè siècle, à l’époque de Kamakura. Un pochoir, enduit d’une pâte de riz imperméable, est déposé sur un tissu. Celui-ci est ensuite plongé dans un bain de teinture afin de faire apparaître les motifs.

Katagami chugata

Le katagami komon correspond à de petits motifs pointillés, tandis que le katagami chûgata se rapporte à des motifs de taille moyenne.

Pendant l’époque d’Edo, les motifs komon ornent les tenues de cérémonies des guerriers (mâles). Plus tard (mi-XVIIIè siècle), ces motifs se généralisent aux hommes et femmes de la classe des chônin – marchands et artisans des villes. Et jusqu’à l’ère Meiji (1868-1912),les kimonos des femmes en sont décorés. Ces motifs minutieux caractérisent un style précieux, urbain, dénommé iki.
A l’inverse des motifs chûgata, réservés aux gens du peuple.

Fabrication du katagami

Washi

Plusieurs épaisseurs de feuilles (généralement six) de washi - papier japonais issu de l’écorce de mûrier – sont collées avec du jus de kaki, qui renforce l’imperméabilité du papier.
Le papier rigidifié est alors découpé. Soit avec un kiri-bori - poinçon à pointe semi-circulaire finement aiguisée – ou un dôgu-bori – emporte-pièce dont l’embout a la forme d’un motif (pétale de cerisier, aiguille de pin, etc.) – pour les motifs komon. Soit avec un tsuki-bori - petit canif de pointe de 1 à 2 mm – pour les motifs chûgata.
Ensuite, le katagami est posé sur l’étoffe, qui est teintée. Les imperfections sont retouchées au pinceau ou avec une petite brosse.

L’arrivée des pochoirs en Occident

Le Japon sort de son isolement au cours des années 1850. Des traités sont signés avec les Etats-Unis, et la plupart des pays européens. Le Japon participe dorénavant aux Expositions Universelles, ce qui accroît la découverte de sa culture en Occident.
A partir des années 1890, les katagami peuvent s’acheter dans les grands magasins comme Liberty à Londres ou Hayashi à Paris.
Quelques collectionneurs, tel Emile Leroudier - soyeux lyonnais -, participent à l’acquisition des pochoirs en Occident.
Mais l’homme qui lance réellement la mode des katagami est l’Allemand Siegried Bing (1838-1905), grand marchand d’art chinois et japonais, éditeur de la revue Japon artistique. En 1895, il transforme sa galerie en un chef-d’oeuvre d’Art Nouveau.

De la Sécession autrichienne aux Arts Nouveau et Déco

A la fin du XIXè siècle, des artistes viennois et allemands tentent de régénérer l’art – dominé par l’avant-garde française – en s’inspirant des estampes japonaises ukiyo-e. Comme l’atteste la mosaïque de la salle à manger du palais de l’industriel belge Adolphe Stoclet, réalisée par Gustav Klimt (1862-1918): à l’instar des estampes japonaises, le corps des personnages – un couple s’embrassant – est remplacé par des aplats de motifs; seuls les visages et les bras sont représentés de manière réaliste.

L’Art Nouveau à proprement parler apparaît en Belgique dans les années 1890. Art total, il considère l’espace quotidien comme un lieu d’expression artistique. Les influences majeures de ce courant sont le mouvement Arts & Crafts, né en Grande-Bretagne, sous l’impulsion du designer William Morris, et que nous avons traité précedemment, ainsi que le japonisme, dont nous traiton sici.

Dans le domaine pictural, les estampes japonaises ukiyo-e ont eu un impact sur le néo-impressionnisme et le symbolisme – tandis que les katagami sont utilisés dans les arts décoratifs et l’architecture. En effet, les lignes courbes typiques de l’Art Nouveau belge rappellent les formes organiques des motifs des pochoirs – lierre, tiges de végétaux, insectes, poissons, cheveux de femme – représentées de manière stylisée avec des lignes sinueuses.
Cette influence se retrouve dans les motifs des textiles et céramiques de Henry Van de Velde (1863-1957), et plus tard, en France, dans les gravures et peintures de Maurice Denis ainsi que les bijoux de René Lalique (1860-1945).

A l’origine, les artistes du mouvement Art Nouveau sont proches de courants politiques radicaux, qui aspirent à une révolution sociale. Dans les années 1890, les katagami sont introduits en Belgique en tant que technique peu coûteuse permettant à la classe ouvrière d’avoir accès aux arts par leur application dans la vie quotidienne. Mais, au début du XXè siècle, ce procédé devient un moyen d’expression moderne, qui donne naissance à l’Art Déco, dans les années 1925.

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