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L’Art Nouveau d’Hector Guimard

Il était impossible de passer à côté d’un cours aussi bien construit sur les réalisations architecturales d’Hector Guimard, dans le cadre de ce blog, d’autant plus qu’il est présenté par un historien de l’art Jean-Michel Léniaud

Le site de cours vidéo qui l’héberge; Netprof est lui aussi très bien conçu et touche de nombreux domaines.

1. Le métro porte Dauphine

2. La maison Jassadé

3. L’hotel Guimard

Plan original de l’Hotel Guimard

4. L’Hotel Mezzara

5. Le Castel Béranger

Katagami et Art Nouveau – L’influence Japonaise

Katagami komon

Apparus au cours du XIIIè siècle, l’usage des katagami se développe dans la seconde moitié de l’époque d’Edo (1603-1868). Ils parviennent aux portes de l’Europe à la fin du XIXè siècle, notamment à Vienne, Bruxelles, et Paris.

Au Japon, la technique de la teinture au pochoir remonte au VIIIè siècle, à l’époque de Nara. La teinture se fait alors par blocs de bois gravés.
L’artisanat du katagami – teinture sur papier – fait son apparition au XIIIè siècle, à l’époque de Kamakura. Un pochoir, enduit d’une pâte de riz imperméable, est déposé sur un tissu. Celui-ci est ensuite plongé dans un bain de teinture afin de faire apparaître les motifs.

Katagami chugata

Le katagami komon correspond à de petits motifs pointillés, tandis que le katagami chûgata se rapporte à des motifs de taille moyenne.

Pendant l’époque d’Edo, les motifs komon ornent les tenues de cérémonies des guerriers (mâles). Plus tard (mi-XVIIIè siècle), ces motifs se généralisent aux hommes et femmes de la classe des chônin – marchands et artisans des villes. Et jusqu’à l’ère Meiji (1868-1912),les kimonos des femmes en sont décorés. Ces motifs minutieux caractérisent un style précieux, urbain, dénommé iki.
A l’inverse des motifs chûgata, réservés aux gens du peuple.

Fabrication du katagami

Washi

Plusieurs épaisseurs de feuilles (généralement six) de washi - papier japonais issu de l’écorce de mûrier – sont collées avec du jus de kaki, qui renforce l’imperméabilité du papier.
Le papier rigidifié est alors découpé. Soit avec un kiri-bori - poinçon à pointe semi-circulaire finement aiguisée – ou un dôgu-bori – emporte-pièce dont l’embout a la forme d’un motif (pétale de cerisier, aiguille de pin, etc.) – pour les motifs komon. Soit avec un tsuki-bori - petit canif de pointe de 1 à 2 mm – pour les motifs chûgata.
Ensuite, le katagami est posé sur l’étoffe, qui est teintée. Les imperfections sont retouchées au pinceau ou avec une petite brosse.

L’arrivée des pochoirs en Occident

Le Japon sort de son isolement au cours des années 1850. Des traités sont signés avec les Etats-Unis, et la plupart des pays européens. Le Japon participe dorénavant aux Expositions Universelles, ce qui accroît la découverte de sa culture en Occident.
A partir des années 1890, les katagami peuvent s’acheter dans les grands magasins comme Liberty à Londres ou Hayashi à Paris.
Quelques collectionneurs, tel Emile Leroudier - soyeux lyonnais -, participent à l’acquisition des pochoirs en Occident.
Mais l’homme qui lance réellement la mode des katagami est l’Allemand Siegried Bing (1838-1905), grand marchand d’art chinois et japonais, éditeur de la revue Japon artistique. En 1895, il transforme sa galerie en un chef-d’oeuvre d’Art Nouveau.

De la Sécession autrichienne aux Arts Nouveau et Déco

A la fin du XIXè siècle, des artistes viennois et allemands tentent de régénérer l’art – dominé par l’avant-garde française – en s’inspirant des estampes japonaises ukiyo-e. Comme l’atteste la mosaïque de la salle à manger du palais de l’industriel belge Adolphe Stoclet, réalisée par Gustav Klimt (1862-1918): à l’instar des estampes japonaises, le corps des personnages – un couple s’embrassant – est remplacé par des aplats de motifs; seuls les visages et les bras sont représentés de manière réaliste.

L’Art Nouveau à proprement parler apparaît en Belgique dans les années 1890. Art total, il considère l’espace quotidien comme un lieu d’expression artistique. Les influences majeures de ce courant sont le mouvement Arts & Crafts, né en Grande-Bretagne, sous l’impulsion du designer William Morris, et que nous avons traité précedemment, ainsi que le japonisme, dont nous traiton sici.

Dans le domaine pictural, les estampes japonaises ukiyo-e ont eu un impact sur le néo-impressionnisme et le symbolisme – tandis que les katagami sont utilisés dans les arts décoratifs et l’architecture. En effet, les lignes courbes typiques de l’Art Nouveau belge rappellent les formes organiques des motifs des pochoirs – lierre, tiges de végétaux, insectes, poissons, cheveux de femme – représentées de manière stylisée avec des lignes sinueuses.
Cette influence se retrouve dans les motifs des textiles et céramiques de Henry Van de Velde (1863-1957), et plus tard, en France, dans les gravures et peintures de Maurice Denis ainsi que les bijoux de René Lalique (1860-1945).

A l’origine, les artistes du mouvement Art Nouveau sont proches de courants politiques radicaux, qui aspirent à une révolution sociale. Dans les années 1890, les katagami sont introduits en Belgique en tant que technique peu coûteuse permettant à la classe ouvrière d’avoir accès aux arts par leur application dans la vie quotidienne. Mais, au début du XXè siècle, ce procédé devient un moyen d’expression moderne, qui donne naissance à l’Art Déco, dans les années 1925.

William Morris, disciple de John Ruskin et moteur de l’”Arts and Crafts”

William Morris

William Morris est l’homme providentiel du mouvement "Arts and Crafts", car il a incarné et diffusé la pensée de John Ruskin.

Intellectuel faisant partie de l’intelligentsia anglaise,il naît en 1834 et prétend au titre d’artisan mais il est aussi théoricien, poète, homme politique très engagé et s’est avéré être le plus grand adepte de la philosophie de John Ruskin. Ainsi n’a-t-il pas tardé à la mettre en application esthétiquement et socialement.

Il fait, tout comme son mentor, des études de théologie à l’Exeter Collège d’Oxford, où il apprend l’histoire de l’église et de la poésie. Il s’inscrit donc, à l’instar de Ruskin, dans un mouvement mystique de grand esprit.

Textile peint - William Morris

Papier peint végétal - William Morris

Il rencontre Philippe Webb, architecte qui deviendra son ami et restera le plus fidèle collaborateur de William Morris, créant avec sa collaboration "Arts and Crafts Society" et dessinant en 1859 les plans de la "Red House", maison de briques rouges incarnant l’esprit et la pensée d’Arts and Crafts et qui fut le manifeste en lettres de pierre du mouvement.

William Morris considérait l’artisanat comme une force créatrice susceptible de défier la production industrielle et jugeait également que la production industrielle et jugeait également que cette production industrielle était tout à fait médiocre et peu propice à l’épanouissement des ouvriers. C’est lui qui a initié l’idée que les arts mineurs (artisanat) et les arts majeurs(peinture, sculpture et architecture) ne devaient pas être hiérarchisés. Il voulait favoriser l’épanouissement du talent individuel des artisans et promouvoir les travaux manuels.

Comme l’architecte français Viollet-Le-Duc, il voulait renouer avec l’esprit des guildes médiévales, voyant le Moyen-Age comme l’époque idyllique des artisans.

Il meurt en 1896.

"Vision Of The Holy Grail", William Morris, 1890, Museum and Art Gallery of Birmingham

Ainsi recherchait-il les conditions sprirituelles idéales à la renaissance d’une créativité artistique.

John Ruskin, aux origines de l’”Arts and Crafts”, ancêtre de l’Art Nouveau

John Ruskin en 1894

Né en 1819, John Ruskin était le fils d’un négociant écossais et a été très tôt initié aux arts et aux lettres par une mère puritaine – rigide mais très cultivée – qui l’envoya faire des études au King’s Collège à Oxford en 1837 et au Christ Church Collège par la suite. John Ruskin était initialement destiné par ses parents à entrer dans les ordres (afin de devenir pasteur), mais ses nombreuses crises de neurasthénie – qui relevaient parfois du mystique – durant ses études l’ont contraint à retourner régulièrement s’aliter chez ses parents et ont quelque peu enrayé la destination initiale de ses études. Ainsi John Ruskin a-t-il tout de même été profondément marqué par la religiosité, la spiritualité et par le désir de transcender le réel.

En 1843, il conçoit un ouvrage en 6 volumes intitulé "Modern Painters" ("Peintres modernes"); qu’il rédige particulièrement pour défendre la peinture de Turner et des préraphaélites, mouvement qu’il admirait et auquel il avait appartenu. Cet ouvrage est constitué comme un véritable traité d’esthétique fondé sur l’interdépendance des arts et des autres domaines.

Planche tirée de "The Seven Lamps Of Architecture"

John Ruskin fut un des premiers théoriciens (mais aussi poète, peintre et critique d’art) à fonder son analyse artistique sur l’interdépendance du domaine de l’art et des autres domaines de l’activité humaine. Il fut le premier "sociologue de l’art" de l’histoire des sociétés : il pensait que l’histoire des sociétés donnait la clé pour comprendre l’histoire des arts. Cette idée n’a traversé la Manche pour arriver en France que beaucoup plus tard alors que les Allemands, eux, avaient adopté ce mode de pensée et de vie relativement précocement.

Il diffusa sa pensée en donnant dans

toute l’Angleterre une série de

Première page de "The Seven Lamps Of Architecture", edition de 1859

conférences, débutée en 1853, sur l’architecture et la peinture. Dans son livre : "The Seven Lamps Of Architecture" ("Les sept lampes de l’architecture"), publié pour la première fois en 1849, il appuie toutes ses conceptions esthétiques. Dans "The Political Economy Of Art" ("L’économie politique de l’art"), publié en 1857, il examine les problèmes sociaux nés de la civilisation moderne, puis, un peu plus tard, il écrit entre 171 et 1887 "Fors Clavigera", un recueil épistolaire de lettres familières s’adressant aux ouvriers d’Angleterre. Il invente ainsi un dialogue social avec les ouvriers.

La pensée de John Ruskin fut légitimée puis officialisée, ainsi fut-il nommé professeur à l’Université d’Oxford où il enseigna de 1869 à 1878.

Gravure représentant John Ruskin

John Ruskin n’était donc pas uniquement un théoricien de l’art, mais un homme qui a incarné sa pensée dans le réel.

Immensément riche, il dépensa presque toute sa fortune en ouvres philanthropiques : il créa des bibliothèques, insista sur la nécessité de créer des musées – conservatoires du patrimoine anglais.

Un des plus grands admirateurs de John Ruskin fut Marcel Proust, qui traduisit "Our Fathers Have Told Us : The Bible of Amiens" ("Nos pères nous l’avaient dit : La Bible d’Amiens"). Il considérait John Ruskin comme le directeur de conscience de son époque, s’en moquant cependant parfois un peu, et était persuadé qu’il pouvait relever l’esthétique du 20ème siècle.

Enclin à de violentes et fréquentes crises de démence, John Ruskin à difficilement achevé son œuvre avant de mourir en 1900 d’une crise démence.

Arts & Crafts – 2. La révolte et l’expansion

Tissu fleuri Arts and Crafts

L’Angleterre à été un des premiers pays à connaitre l’industrialisation massive, particulièrement dans le domaine du textile; et c’est au cours du 19ème siècle que l’Angleterre domine le continent Européen dans le domaine technique. Cette expansion se poursuit jusqu’en 1850, date à laquelle la production industrielle a été ressentie comme un phénomène intolérable par les artistes, personnalités cristallisant le social, qui ont décidé de mettre un terme à ce débordement industriel. Ils ont dénoncé cette décadence esthétique et ont cherché à moraliser l’art au profit d’une esthétique purifiée, aux formes renouvelées… Cette crise esthétique s’est étendue peu après aux rapports sociaux. Arts and Crafts a été un véritable vent de révolte qui s’est levé contre l’égoïsme des classes dominantes, seulement préoccupées par la productivité et complètement aveugles sur les réalités sociales et culturelles de l’Angleterre. John Ruskin, philosophe, sociologue et critique d’art, va alors chercher à montrer que le seul modèle de la nature était acceptable. Dans son ouvrage Les pierres de Venise, il proclame que toutes les belles oeuvres d’art doivent imiter les formes de la nature; soit intentionnellement, soit accidentellement, car il voyait dans la beauté de la nature l’oeuvre de Dieu.  Il s’agit par conséquent d’un mouvement idéaliste par excellence. Il se révolte aussi ainsi contre le division du travail qui sépare et isole les individus.

Dalle céramique aux lièvres rouges

On peut traduire "Arts and Crafts" par "Arts et Artisanats". C’est donc un mouvement qui s’est constitué dans une perspective réformiste et tous les artistes qui y participèrent avaient pour mission d’améliorer la vie quotidienne et domestique des classes défavorisées par le biais des arts décoratifs. C’est sans doute l’aspect idéaliste du mouvement, sous-tendu par une haute éthique, qui lui a permis d’avoir un effet profond, durable et transnational.

John Ruskin et son disciple William Morris entreprenaient dans le cadre de ce mouvement une réforme radicale de l’architecture anglaise et des aménagements intérieurs. Ils ont modifié la manière de vivre par le biais du cadre de vie, et on parle parfois à propos de ce mouvement de "domestic revival" ("renouveau domestique").

Ce mouvement s’opposait à la machine, mais ils n’étaient pour autant pas hostiles à la production mécanique. Ils ne considéraient pas la fabrication en série comme l’ennemi du renouveau; ils voulaient élever la qualité des produits manufacturés - produits qu’ils préféraient avec les produits artisanaux – ou industriels. Les partisans de "Arts and Crafts" pensaient que l’artisanat était producteur de créations beaucoup plus "humaines", mettant l’homme au centre de l’innovation.

La "Red House" de William Morris, manifeste du mouvement Arts and Crafts

Entre 1860 et 1870, les artistes de ce mouvement ont été amenés à concevoir de nouveaux idéaux pour les arts décoratifs. Ils ont cherché à reconstruire l’architecture par l’extérieur par le biais de la façade et par l’intérieur par le biais de l’art domestique. Ils ne s’agissait pas seulement de fabriquer et de diffuser des objets mieux réalisés, ce qu’ils voulaient, c’était avoir une attitude au-delà des modes, qui repose sur l’idée que l’architecture et les arts peuvent changer la société. Presque tous les artistes ayant pris part au mouvement avaient été formée à la Royal Academy de Londres et étaient pétris des écrits de John Ruskin. On peut parler de "Ruskinomanie".

William Morris à initié l’idée reprise par le mouvement "Arts and Crafts" que les arts mineurs (artisanat) et les arts majeurs (peinture sculpture et architecture) ne devaient pas être hiérarchisés. L’artisan devient alors un créateur au même titre que les "artistes" classiques, dans le cadre d’un large plan de "promotion" des travaux manuels.

Le mouvement tentait de renouer avec le fonctionnement des "guildes" médiévales au sein desquelles les fabricants et les créateurs n’étaient pas dissociés.Ils voyaient dans cette coopération serrée la recette d’une unité dans le produit achevé.

Ainsi peut-on résumer que l’ "Arts and Crafts" était un mouvement artistique, artisanal et social promoteur de créativité, de perfection calquées sur le modèle divin de la nature.

Art Nouveau et bijoux : Collection du Museum of Fine Arts, Boston

Broche orchidée, 1901. Georges Fouquet (Français, 1862–1957). Or, émail, diamant, et perles.

Peigne à cheveux avec des feuilles de lierre, 1902-1903. René Lalique (français, 1860-1945). Or, émail, verre saphir, et la corne

Broche avec une figure de femme, vers 1903. René Lalique, français, 1860-1945. Or, émail et diamants.

Libellule Pendentif-broche, 1904. Philippe Wolfers (Belgique, 1858-1929). Platine, or, émail, diamants, rubis et perles.

Pendentif Orchidée, vers 1905. Or, émail, diamants. Don de M. et Mme Joseph Sataloff.

Collier avec une tête de femme et d’un sphinx, vers 1900. Emmanuel-Jules-Joseph [Joe Descomps (français, 1872-1948). Pour: Gariod Léon (français). Or, émail, diamants et perles."]
Broche avec une opale et de nacre, vers 1900.  Louis Zorra (peut-être né en Italie et travaille à Paris, dates inconnues). Or, argent, émail, verre saphir, opale et perle.

Broche avec une opale et de nacre, vers 1900. Louis Zorra. Or, argent, émail, verre saphir, l'opale et perle.

Voici un échantillon des oeuvres exceptionnelles de joaillers Art Nouveau présentées en 2008 au Museum Of Fine Arts à Boston.

Vous pouvez retrouver la totalité des bijoux exceptionnels proposés par cette exposition et un petit historique ici.

Arts & Crafts – 1. Les Débuts

Mouvement artistique qui apparait dans le dernier quart du 19ème siècle en Angleterre; bien avant tous les autres mouvements en Europe. C’est un des mouvements artistiques les plus aboutis et les plus influents par ses ramifications à travers le monde; et ce surtout pour les valeurs qu’il a prônées et sui ont persisté jusqu’à nos jours.

Ce mouvement s’est d’abord étendu en Europe, puis dans le monde entier pour s’étendre jusqu’aux Etats-Unis et au Japon.

C’est un véritable mouvement fondateur car l’esthétique au sein de laquelle nous évoluons encore de nos jours doit beaucoup à ce mouvement Anglo-Saxon du 19ème siècle.

John Ruskin

Le mouvement est né d’une révolte et il a acquis son nom de l’abréviation de "Arts and Crafts, exhibition society", mouvement créé en Grande-Bretagne par William MORRIS, artiste, sociologue et critique d’art. La révolte en question n’est autre que la réaction violente des jeunes artistes anglais à l’industrialisation massive initiée en Angleterre aux alentours de 1840.

Le plus acteurs les plus notables de ce mouvement seront les artistes et théoriciens John RUSKIN et William MORRIS qui vont expliquer dans leurs ouvrages théoriques respectifs comment ils ont découvert la médiocrité de la production mobilière contemporaine à l’occasion de l’exposition Universelle de Londres en 1851.

L’Angleterre était alors un pays phare de la production manufacturée et industrielle , ce qui n’empêche pas aux jeunes artistes de plonger dans un profond désarroi à la vue de l’éclectisme esthétique laid des productions exposées dans le cadre de l’exposition  Universelle, leur laissant l’impression d’un immense bazar et d’une indescriptible confusion esthétique. Les meubles sont "tarabiscotés" et dépourvus d’un style sûr et certain; les produits industriels étaient grossiers,… les artistes furent si choqués qu’au lendemain de l’ouverture de l’exposition, ils décident de se regrouper pour repenser en termes neufs l’Art Occidental et son environnement et fondent alors un premier mouvement nommé "the esthetic discontent", "l’esthétique du mécontentement " .

William Morris

Il s’agit d’un mouvement militant car les jeunes artistes pensent avoir un rôle social mais surtout moral, à l’instar de John RUSKIN, considérant l’industrialisation comme la destruction de la culture anglaise. Tous ont pris conscience des effets destructeurs du libéralisme, constatant l’affaiblissement du niveau de vie des ouvriers et des classes moyennes ainsi que la désertification des campagnes; due à l’exode rural vers les villes.  Se constitue alors en ville un prolétariat miséreux que tous les artistes ont voulu réhabiliter, à leur mesure afin d’enrayer l’avilissement des classes défavorisées.

On peut donc dire que ce mouvement dépasse largement des considérations purement esthétiques pour atteindre des enjeux sociaux et politiques.

Arts and Crafts par Brigitte Ducousso-Mao et Krista Leuk (Une émission Canal Académie)

La suite : "Arts & Crafts, 2. La révolte et l’expansion" ici

Le symbolisme

Dans sa définition la plus stricte, le mouvement symboliste est au moment de son apparition un mouvement littéraire qui s’intéresse à la décadence. Il nait fin 1880 d’un bouleversement moral et intellectuel.
Décadence signifie abandon de l’idée de progrès spirituel comme matériel. Il porte un intérêt à l’occulte et à l’hermétique. On y dénote un certain snobisme intellectuel d’où l’apparition d’un renouveau du culte du dandy

Décadence, dandisme, symbolisme sont en fait un refus de participer à un événement ou de reconnaître un individu. Le symbolisme est une façon de refuser les choses contemporaines, une réaction au moralisme, au rationalisme et au matérialisme grossier.

Stéphane MALLARMÉ

Parmis ces auteurs,  le poète MALLARME qui nous dit « nommer un objet c’est supprimer 3/4de la jouissance du poème qui est faite de deviner un peu, de suggérer: voilà le rêve »; on retrouve également HUYSMANS et son oeuvre A Rebours (1884) avec laquelle il découvre les oeuvres de G.MOREAU et O.REDON

Gustave MOREAU est une figure centrale du mouvement, défenseur du principe de  « la beauté de l’inertie et du luxe nécessaire ». A ses yeux, la richesse du détail sert mieux l’art qu’une simplicité pensée à l’extrême. Moreau puise directement dans la nature le matériel pour remplir ses contours.

Gustave MOREAU -Autoportrait - 1850

Autre artiste symboliste célèbre, Gustav KLIMT, précurseur du modernisme. Il travaille à la lisière du naturalisme et de la stylisation mais aussi des arts plastique et de l’artisanat. Ses influences vont des mosaiques byzantines à Munch. Dans son oeuvre, on retrouve une tension constante entre le figuratif et l’abstrait. Il utilise de façon magistrale l’ornement. Le critique Ludwig HEVESI
parle de l’agencement de Klimt: « l’interminable matière primitive qui mutte infiniment, tournoie, un tourbillon ardent qui prend toutes les formes: éclair de foudre, langues de serpent dardées, vrilles végétales qui s’accrochent… »

L’agencement est aussi un moyen par lequel il créé son atmosphère de luxe typique. C’est un monde clos et subtile, contre la réalité brutale du monde existant.

Gusatv KLIMT en 1902

Le symbolisme est une rébellion contre les restrictions de tout genre. « Il exalte le mythe du génie de l’homme à l’inspiration divine capable grace à son imagination libérée, de transformer en art toutes les expériences et toutes les émotions. » C’est une doctrine où prime l’imagination. Où tous les détails se combinent pour accentuer la force symbolique de l’ensemble.

Ainsi Watt peint-il « des idées et non des choses ».

Les littéraires apparentés au symbolisme ont exercé une grande influence sur la critique d’art. Ainsi Albert AURIER estimait-il qu’une oeuvre d’art devait-être:

_ idéiste
_ symboliste
_ synthétique
_ subjective
_décorative.

Albert AURIER

Petite chronologie

1840 - 1920 : Petite chronologie sélective de l'Art Nouveau dans son contexte

Il serait évidemment irréaliste de vouloir établir une chronologie globale de l’Art Nouveau.

Voici une (très) succincte chronologie sélective visant à remettre quelques éléments dans leur contexte chronologique. Ainsi la période "Art Nouveau" est-elle encadrée par son contexte temporel et est-elle abreuvée de quelques-uns des principaux artistes Parisiens de l’époque : Alfons Mucha, René Jules Lalique, Hector Guimard et Georges de Feure.

Pour commencer…

L’art nouveau est apparu comme un courant en réaction aux  dérives de l’industrialisation et au manque de nouveautés artistiques : la reproduction des grands styles.

C’est un mouvement tentaculaire qui va se retrouver dans tous les domaines possibles : architecture, joaillerie, affiches, mobilier, céramiques, etc

On peut parler d’un art total !

Ce courant artistique révolutionne l’utilisation de la ligne ou plutôt de la courbe.

Il utilise la simplification des formes, aplatissement de l’espace. Le pouvoir évocateur de la ligne courbe, et à une profonde affinité avec le symbolisme.

On peut y noter l’influence importante de l’estampe japonaise : le mouvement se réapproprie les qualités poétiques de la nature, d’où une inspiration fortement issue du monde végétal , rendue par la stylisation.

Selon Max Osborn, critique allemand : « l’art nouveau serait un peu trop féminin, trop capricieux, trop cocotte ».

Cette observation nous amène à nous intéresser à la richesse du motif, du détail dans cet art de profusion.

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